Actualités Tao

Notre époque sous le regard d'une philosophie plurimillénaire qui conserve toute sa modernité.

13 avril 2006

INTRODUCTION

couverture


INTRODUCTION AU TAOÏSME

“La Voie leur donne la Vie, la Vertu élève, la matière donne une forme, l’environnement les conduit à la maturité”.

Le Taoïsme, est l’une des plus anciennes pensées de l’Humanité. Il développe une vision logique, globale, cohérente, uniciste et évolutive du Cosmos, du vivant, de l’Homme. C’est en fait un système philosophique, scientifique et religieux qui s’est développé à partir du VI° siècle avant notre ère en Chine. Il constitue un syncrétisme complexe de toutes les écoles de pensée qui l’y ont précédé. Il y apparaît en même temps que le Confucianisme. Mais alors que celui est une philosophie de la masse qui prêche la soumission aux rites sociaux et aux autorités constituées, le Taoïsme n’a pour seul souci que l’individu et sa libération dans sa soumission volontaire, consciente, aux Lois libératrices de la Nature. Originellement, ce n’est pas une religion, mais bel et bien une métaphysique qui se rattache à l’antique et universelle Tradition primordiale, fond commun de toute l’Humanité. Sa naissance se perd dans la nuit des temps, au cours de l’Âge d’or, théorie primitiviste qui veut qu’en ces temps anciens, toutes les créatures vivaient en parfaite harmonie entre elles, avec la Nature, avec le Tao.


Très tôt, en Chine, à l’époque dite mythique de l’Age d’or, apparaissent plusieurs écoles de pensées qui dont toutes fondées sur la notion de Tao. LaoTseu les a synthétisées dans le Tao te king, le Livre de la Voie et de la Vertu, sous la dynastie des Tcheou orientaux ( - 740 / 475). Cependant, le terme de Taoïsme n’apparut que bien plus tard, sous la dynastie des Han (206 / 220 après J. C.). La biographie de Lao Tseu mêle tellement la réalité au mythologique qu’il est difficile de séparer le réel du merveilleux et que certains contestent voire récusent toute réalité historique au personnage. Il semble pourtant bien que les textes attestent sa présence comme fonctionnaire royal. Quoiqu’il en soit, il est considéré comme le Père fondateur du Taoïsme et le Taoïsme comme le courant de pensée chinois le plus ancien, précédant, dans le temps et de loin, le Confucianisme et le Bouddhisme.

Il est classique de présenter le Taoïsme en le divisant en trois branches :

magique et religieux,
métaphysique et philosophique,
opératif ou yoguique.

Dans les faits, c’est là une division des plus arbitraires. Ces trois aspects du Taoïsme ont tous le même texte fondateur, le Tao te king. Ils s’entremêlent, s’influencent mutuellement. Le Taoïsme est un et indivisible. Je ne présenterai pas ici la forme religieuse et magique mais et l’aspect philosophique et opératif, j’en développerai ma conception personnelle, conception qui éclaire ma démarche personnelle. A ceux qui hurleraient à l’hérésie, je leur répondrai que les Taoïstes eux - mêmes riraient bien de leur anathème, négation du principe suprême du Taoïsme qui veut que tout appartienne au Tao mais que nul n’en a le monopole. J’avoue volontiers que, tout en le respectant profondément, le Taoïsme magico - religieux n’a pour moi qu’une importance secondaire. Pour moi, c’est à la fois une philosophie, une science, une pratique. Philosophie et science sont les deux facettes d’une unique réalité qui s’exprime et se réalise dans et par la pratique.

François d'Alayrac

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CONCEPTS DE BASE

CONCEPTS

LE TAO

“Le Tao est la loi unique”

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Définir le Tao est hors de portée du langage humain. Il est, par définition, indéfinissable, indescriptible. On ne peut pas l’approcher par le raisonnement intellectuel. Il échappe à toute tentative de conceptualisation. Considérons le toutefois comme le Un originel et indivisible, le Principe suprême, l’unique Réalité absolue, immuable et éternelle. Il est la Cause première, l’Origine non manifestée de tout ce qui est manifesté. C’est l’immobile moteur de tous les mouvements de transformation qui animent la Création. C’est lui le grand Organisateur, la Loi supérieure de la Manifestation qui en émane et qu’il transcende. Source inépuisable de la Vie qu’il impulse et dirige, il est décrit comme la Mère génitrice et nourricière des Dix mille formes de Vie. Il est tout à la fois le Guide sur La Voie, la Voie de la Vertu, la Vertu et la Voie. Il ne peut toutefois être considéré comme un démiurge créateur, omnipotent et omniscient. Si divinité il y a, et il ne se pose pas la question, elle ne peut qu’en procéder.

LA VIE / L’HOMME

Forme de Vie la plus évoluée, absolument parfaite, l’Homme, au delà de tout anthropocentrisme paranoïaque, est placé au centre de l’Univers, au sommet de la Création, articulation entre les forces terrestres et les puissances célestes qui le forment et qui le nourrissent. Il est ainsi profondément impliqué dans l’équilibre du Cosmos dont il fait partie intégrante, soumis à toutes ses influences. Le Taoïsme lui montre comment y maintenir sa position dans l’harmonie et prendre soin de l’Essence de sa Vie en vivant non pas selon la Nature, mais la Nature.

Toute Vie humaine émane du Tao et toute Vie humaine doit retourner au Tao. Sans se poser les grandes questions d’une quelconque immortalité post - mortem, il explique les grands principes de la Vie à cet être humain vivant au sein du cadre Espace / temps, l’éclaire sur la conduite de sa Vie dans l’ici et maintenant. Il lui recommande de se maintenir dans une attitude de non agir, de vacuité, totalement abandonné aux forces supérieures, souple, non résistant au mouvement des forces vitales, dans une absence absolue d’agressivité, dans une totale innocuité vis à vis des êtres vivants qu’il rencontre, s’adaptant automatiquement aux modifications du monde réglées par le Mouvement cyclique primordial. Il l’encourage à se conformer à ce rythme universel, ce qui est le fondement de la Sagesse et du bonheur dans l’unité retrouvée avec le Cosmos, à la recherche de sa Source. C’est là son destin, ce que les Taoïstes appellent le Voyage de retour, de retour à son origine. Pour accéder au Tao, il nous faut suivre les Six voies qui sont autant de principes de Vie.

LES SIX PRINCIPES

Le Non savoir :
C’est à dire le contraire de la science discursive, source d’impuissance et d’obscurcissement de la Conscience parce que limitée et imparfaite. Le Non savoir, contraire de l’ignorance, c’est la Connaissance véritable parce qu’acquise par l’expérience concrète, intime, imprimée jusque et y compris dans la plus profonde de nos cellules.

Le Non désir :
C’est à dire l’ascèse qu’il ne faut pas prendre dans le sens judéo - chrétien de mortification, ce serait antinomique à toute conception daoïste. L’ascèse, étymologiquement exercice, c’est une discipline mesurée des organes et des sens par la pratique rationnelle d’une hygiène de Vie physique et mentale.

La Non résistance :
Appelons la souplesse psycho - spirituelle, adaptabilité aux circonstances, acceptation à la Vie telle qu’elle se présente. Liée au Non désir, c’est la force véritable de celui qui plie toujours mais ne rompt jamais, auquel rien ne peut finalement résister et qui résiste à tout. La Non résistance, c’est l’antithèse de la force brutale et aveugle du vulgaire.

Le Non agir :
Il ne peut être atteint que par le Non savoir, le Non désir, la Non résistance. Non agir n’est pas ne rien faire. C’est progressivement diminuer, jusqu'à leur complète disparition, ses ambitions, ses désirs, son ego. C’est ne jamais rien faire qui aille dans le sens inverse du Mouvement naturel de la Vie. C’est faire, sans rechercher de justification, de reconnaissance, de gratification. C’est agir comme un être ordinaire en se maintenant dans un état de calme parfait, au delà de toute émotion, dans le juste milieu, parfaitement centré sur soi.

Le Non dire :
C’est une autre forme du Non agir qui passe par la parole. Le Daoïsme estime que l’on parle toujours trop et que très souvent les mots pour expliquer, convaincre, convertir sont vains.

Le Non paraître :
C’est à dire ne jamais chercher à briller, à étaler son intelligence, sa culture, son savoir, son degré d’élévation personnelle. Le Daoïsme nous recommande de passer inaperçu, de nous fondre dans la foule sans jamais y être perturbé par les Passions, au delà de tout souci de possession.

Celui qui s’efforce de réaliser les Six voies peut atteindre la Vertu. Il s’éloigne de la vertu sociale, compromis de préjugés, d’à priori, de jugements de valeur. Le Taoïsme se place au delà de toute perspective morale, contrairement au Confucianisme auquel il est souvent opposé. La morale confucéenne, comme toute morale collective, s’est ritualisée à l’excès au fil du temps. Elle impose aux masses un ensemble de codes, de lois, variables selon le lieu, l’époque et les intérêts des puissants. Le Daoïste renonce à tous les codes de morale, par dont il ne se sent jamais séparé, parce qu’il ignore tout de ce qui pourrait provoquer un conflit avec le monde extérieur.

LA VERTU

La Vertu, c’est un Art de vivre au delà de toute notion de bien et de mal et dans la seule préoccupation de ne jamais nuire ni à soi, ni à autrui. Celui qui atteint la Vertu ne se soumet qu’aux Lois universelles, seules légitimes, qu’il découvre et applique au fur et à mesure de son évolution. C’est au cours de ce cheminement qu’il les intègre à sa propre Réalité par l’expérience concrète qu’il en fait. Il dépasse toutes les valeurs sociales néfastes, source de conflits, de séparation, d’isolement. Il vit, non pas dans la Vertu, mais la Vertu Il n’est pas vertueux, il est la Vertu. Cet état d’être, naturel le libère de toutes les contingences. C’est avant tout le mode de Vie déterminé comme ne devant jamais nuire de celui qui, sur tous les plans reste sans effort toujours en accord avec lui - même, bannit l’adverbe trop, ne connaît pas l’excès et choisit la modération en tout, garde toujours et en tous lieux le juste milieu. La Vertu c’est vivre et parallèlement laisser vivre tout ce qui n’est pas Moi, en toute liberté, sans arrière pensée, tout ce qui se distingue de Moi. C’est aborder l’autre sans agressivité, sans idée de possessivité, sans désir de manipulation et de pouvoir sur cet Autre si différent et pourtant si semblable. C’est comprendre que tout ce qui n’est pas Moi, c’est tout de même Moi.

Qui vit la Vertu vit la Nature, car seule la Nature est vertueuse parce qu’elle seule procède du Tao. La seule loi est celle du Tao. Et la Vertu, c’est le Tao. On ne peut consentir à la vivre que lorsque nous l’avons intégrée à notre propre Réalité. Aussi celui qui ne s’éloigne jamais des chemins trop balisés de la vertu sociale ne trouvera jamais la Vertu, c’est à dire la Voie. Qui vit la Vertu vit les lois de la Nature, laissant en lui et autour de lui se déployer le flot ininterrompu de la Vie qui s’écoule du Tao. Seule la Nature est Vertu parce que seules ses lois sont permanentes, universelles, intemporelles transcendantes, libératrices.

"Celui qui parle au nom de la Vertu ne la possède certainement pas." Lao tseu

Francois d'Alayrac

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LE YIN ET LE YANG

Le Yin - Yang


Généralités :

Ni substance ni énergie, le Yin et le Yang ne sont pas, comme on les présente trop souvent, deux principes distincts l’un de l’autre. C’est un principe unique qui représente les caractéristiques dominantes de l’Énergie qui anime les choses et les

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phénomènes ou le double aspect d’une même chose ou d’un même phénomène, nécessairement opposables et opposés, liés par des relations mutuelles, manifestés dans et par un état dynamique, spécifique et contradictoire.


Caractéristiques :

L’interdépendance et la complémentarité : l’un ne peut exister sans l’autre.

La relativité : rien n’est jamais absolument absolu et immuable, mais impermanent, variable, changeant, relatif. Le Yang n’est yang que par rapport à moins yin que lui et inversement.
La divisibilité : tout peut être, indéfiniment, divisé et redivisé en Yin et en Yang.


Principes fondamentaux :

Ils sont régis par quatre principes fondamentaux déterminant l’existence et le déroulement de tout mouvement vital. La Vie ne peut apparaître et se maintenir en dehors de ces principes qui sont en fait les mouvements de l’Énergie originelle, liés et interdépendants. Que l’un s’arrête et ils cessent tous et avec eux la Vie. Ces quatre principes caractérisent tous les phénomènes du monde naturel et en particuliers, les phénomènes vitaux. Nous verrons plus loin qu’au niveau humain ils déterminent encore bien plus.

L’opposition : ils ne peuvent coexister que dans un état d’opposition réciproque permanent par lequel ils se limitent et se contrôlent mutuellement, conservant ainsi leur équilibre et leur unité. Toute chose, tout phénomène sont soumis à cette loi d’opposition harmonieuse, essentielle à tout phénomène vital, dans un état de Yin équanime et de Yang secret qui donne toute son unité fonctionnelle cohérente à la moindre cellule vivante.

L’engendrement mutuel : interdépendants, l’existence de l’un est le préalable à celle de l’autre et inversement. Le Yin est la racine du Yang, le Yang celle du Yin. Quand cette relation est rompue, le Yin est orphelin, il n’y a plus d’engendrement, ou le Yang est orphelin, il n’y a plus de croissance.

La croissance / décroissance : c’est une conséquence logique de l’opposition et de l’engendrement. Lorsque le Yin croît, le Yang décroît de façon simultanée et proportionnelle, maintenant ainsi l’indispensable équilibre à la continuité de la Vie entre les opposés, à la formation et à la transformation des choses et des phénomènes dans une amplitude de variations qui ne peut être dépassée sans danger.

La transformation mutuelle : sous certaines conditions, le Yin en excès se transforme en Yang et inversement, le Yang en excès se transforme en Yin.


Applications :

Les caractéristiques et les principes du Yin - Yang sont universels. Ils sont donc applicables et s’appliquent en tous temps, en tous lieux, à toutes choses et à tous phénomènes, au plan subtil comme au plan matériel, la forme et la fonction, l’infiniment petit et l’infiniment grand. Ce sont les fondements mêmes de la Création, tant dans ses processus que dans ses émanations. Tout ce qui existe est relatif et divisible, complémentaire et interdépendant du Tout et de chacune de ses parties auxquelles il est lié par des relations d’engendrement réciproque, d’opposition, de croissance / décroissance, de transformation mutuelle. Globalement, la théorie du Yin et du Yang est tout à la fois :

Une conception de l’Univers et de la Vie,
Une méthode pour en comprendre et en expliquer l’origine et le sens,
Le fondement de la médecine car elle explique :
l’origine et le mécanisme de la Vie,
la physiologie,
la pathologie,
les méthodes de diagnostic, de traitement préventif et curatif, de pronostic.


Détermination :

Déterminer la nature yin ou yang permet de classer au sein de la dualité universelle tous les aspects de la Création coexistant avec leur opposé dans un équilibre nécessairement relatif mais dans la plus parfaite harmonie selon les lois et principes du Yin et du Yang.

Pour déterminer la nature yin ou yang d’une chose, d’un être ou d’un phénomène, il faut considérer sa nature, sa localisation, sa tendance. Chacun est yin ou yang tout en possédant l’aspect inverse à l’origine de sa création, de son développement et de sa disparition. La nature yin ou yang est déterminée par l’aspect prédominant mais il y a toujours du Yin dans le Yang et du Yang dans le Yin. Par ailleurs, on est yin par rapport à plus yang et yang par rapport à plus yin.

Le Yin -Yang universel :


“L’intervalle Ciel / Terre, on dirait un soufflet. Vide il est inépuisable, actionné, il ne demande qu’à souffler.”

A l’origine de la Manifestation est le Dao, l’Incréé, Un primordial, Énergie - source originelle, Chaos non manifesté, non définissable, qui ne peut pas ne pas se manifester, contenant pourtant toutes les potentialités des formes animées et inanimées de l’Univers manifesté et définissable, de l’infiniment grand à l’infiniment petit. Cet Univers est une entité cohérente, organisée logiquement dans le cadre Espace / temps, selon des lois universelles et intangibles, immuables. Indivisible, aucune de ses parties ne peut être séparée du Tout. Qu’un élément en disparaisse et l’ensemble disparaît. Il s’articule sur trois plans :

le Ciel , en haut,
la Terre , en bas,
le Vide médian entre les deux.

Pour se manifester, le Dao se divise en Yin et en Yang, double aspect du Qi originel.

Du Ciel procèdent les Énergies yang. Couvrant la Terre, il y étend son pouvoir, sa puissance sur les Dix mille choses. Le Yang céleste se condense et se contracte, suscitant ainsi la Manifestation. Dans un mouvement centripète, il descend vers la Terre, attiré par le puissant champ magnétique Terre / Lune. On distingue deux formes de l’Énergie céleste.
L’Énergie universelle se manifeste dans les étoiles, les planètes, les galaxies. Elle pénètre tout et partout, formant et nourrissant l’âme et la psyché humaines. Les organes en sont l’essence, points de liaison entre le macrocosme et le microcosme.

L’Énergie des particules cosmiques est composée de particules de lumière et de poussières d’astres éclatés dérivant dans le Cosmos. Elle est à l’origine de la chair et nourrit les glandes, les organes, les sens.

Le Yang est caractérisé par l’activité, la progression, l’expansion, la chaleur, la lumière, la robustesse, la résistance, l’extériorité, l’ascendant, le fonctionnel ou ce qui a dépassé son niveau fonctionnel normal.

La Terre, l’humus, fécondée par le Ciel, porte les Dix mille choses, reçoit les Énergies célestes, les stocke, les transforme, les restitue. Le Yin terrestre se dilate, se disperse en montant vers le Ciel dans un mouvement centrifuge. L’Énergie terrestre composée des forces telluriques, monte en spirale vers le Ciel. Avec l’Énergie des particules cosmiques, elle participe à la formation du corps physique.

Le Yin est caractérisé par l’inactivité, la régression, la rétraction, la fragilité, la souplesse, l’intériorité, la descente, le froid, l’obscurité, le matériel ou ce qui est placé au dessous de son niveau fonctionnel normal.

Dans le Vide médian, Yang céleste et Yin terrestre se mélangent, fusionnent. De leur point de fusion naissent toutes les formes et toutes les formes d’Énergie qui les animent. Chaque élément de la Manifestation n’est rien d’autre qu’une forme plus ou moins lourde, plus ou moins subtile de l’Unique Énergie originelle qui contient potentiellement les Dix mille choses et leurs phénomènes non encore manifestés et qui ne demande qu’à les faire se manifester par le jeu incessant du Yin et du Yang, mouvement imperceptible mais constamment et formidablement créateur de toute forme, de toute fonction. La Création n’est donc qu’un amas d’Énergies, parfaitement organisées, rigoureusement ordonnées. Elles régissent ainsi l’apparition, la croissance, la décroissance de la moindre des Dix mille choses au cours et par leur incessant processus dynamique de transformation qui traduit l’instabilité, l’impermanence des choses et des phénomènes, dans la dualité structurelle et structurante du Mouvement originel et de toutes ses manifestations. Rien ne peut donc être considéré comme absolu, immuable, intangible, mais par essence changeant, mouvant, variable.

C’est ainsi que, comme un flot intarissable, la Vie apparaît et disparaît dans la Forme, entre Ciel et Terre. Quelque soit la forme, elle n’a aucune espèce d’importance. Elle est parce que la Vie est créatrice, qu’elle crée parce qu’elle ne peut pas ne pas créer et se manifester par ses créatures. Cela est vrai pour n’importe lequel de tous les êtres vivants qui ont donc tous la même origine. Elle est un flot créateur continuel qui prend sa source, à ce point central du Cosmos, point de fusion entre le Ciel et la Terre, dans leur mouvement éternel de monté et de descente.

Elle ne peut se maintenir, par la suite que dans un relatif et dynamique équilibre entre Yin montant et Yang descendant, équilibre garant de la pérénité de la Forme. Seul ce double mouvement de monté et de descente peut la faire apparaître, croître et décroître, disparaître dans la Substance. Quand la Matière disparaît, la Vie, l’Énergie perdure comme elle perdure depuis toujours, comme elle perdurera éternellement, sous les formes les plus diverses.

François d'Alayrac

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LE PA KUA

LE PA KUA


Le pilier de la philosophie nous révèle la logique de notre destin, fondé sur les lois universelles, cachées mais sans cesse manifestées et fiables.

Le pilier de la revitalisation est un ensemble d’exercices internes qui dirigent notre pouvoir naturel de guérison. Il comporte trois catégories d’exercices, postures, méditations, respirations qui permettent de régler, d’équilibrer et d’élever l’Énergie vitale.

Le pilier de l’alimentation enseigne l’équilibre entre les aliments yin et les aliments yang et leur utilisation dans un but thérapeutique, préventif et curatif. En Occident, nous parlerions d’équilibre acido-basique.

Le pilier des aliments oubliés, aliments délaissés pour leur odeur, leur saveur, mais au pouvoir thérapeutique puissant. Ils sont la base de la très riche pharmacopée chinoise.

Le pilier de la guérison est l’art de guérir les autres. C’est la doctrine médicale chinoise que nous étudierons plus longuement après.

Le pilier de la sagesse sexuelle nous enseigne à faire de l’énergie sexuelle une force de transformation. Il nous enseigne à jouir du plaisir sexuel non seulement sans nous dévitaliser mais en augmentant notre capital énergétique. Le Taoïsme est la première philosophie à s’intéresser à l’énergie sexuelle sans jamais y jeter un anathème, bien au contraire. Le Sexe faisant partie de la Vie, il fait donc partie de la Voie et doit être vécu dans une parfaite maîtrise de ses instincts.

Le pilier de la maîtrise parfaite nous fournit tous les instruments pour mieux nous connaître et connaître les autres, développer notre adaptabilité à l’environnement et devenir maîtres de soi, de notre destinée. On y trouve la morphologie, l’analyse des empreintes digitales, la numérologie, l’astrologie, etc...

Le pilier du succès dévoile tous les mécanismes qui régissent la Vie et les puissances qui la façonnent et nous apprend à les utiliser.

Le Pa-kua recouvre donc tous les aspects de notre existence quotidienne. C’est un véritable mode d’emploi de la Vie, mais souple, adaptable, individualisable, jamais dogmatique. Si nous observons ses prescriptions, nous suivons la Voie et tous nos besoins fondamentaux sont comblés afin que nous puissions réaliser notre potentiel d’être humain en transmutant notre négativité et l’aspect dégénératif du temps. Se conformer au Pa-kua, c’est suivre le Tao en partant de notre matérialité, événement, phénomène, objet impermanent, pour rejoindre notre réalité permanente et intangible au sein du Tao. Le Taoïsme, comme d’autres philosophies, n’a d’autre objectif que de libérer l’individu de tout ce qui l’enchaîne et inhibe en lui le Mouvement vital nécessairement évolutif afin que, vivant en conformité avec la Loi naturelle, dominant les événements par la souplesse, la non résistance, devenant son propre maître, dans le calme et la sérénité, conscient de la relativité des choses, il puisse s’adapter en souplesse à n’importe quelle circonstance. Ce qui en fait une école de connaissance de soi et de développement personnel, c’est son pragmatisme et son universalité, son intemporalité. Il ne néglige aucun aspect de la Vie. Tout appartient à la Voie, tout, même la chose la plus anodine, concourt à la recherche et à la réalisation de sa vérité, particule individuelle de la Vérité. Il se situe au delà des idéologies, des croyances et des dogmes. Malgré des concepts souvent difficiles à saisir, la mise en œuvre du Pa-kua est simple, pragmatique, efficace. Vivre selon l’équilibre du Pa-kua, c’est vivre selon la Voie, selon des règles de Sagesse simples, concrètes, accessibles à tous et efficaces. Réaliser le Pa-kua, c’est réaliser la Voie, le Tao. Le but de toute existence humaine, de toute l’Humanité, c’est de retourner au Tao. La quête du Tao est une quête active, concrète, basée sur les techniques d’alchimie interne du Taoïsme. Elle nécessite une purification du mental, la mise en ordre des organes, des sens et des passions. Elle ne peut se dérouler que dans le quiétisme d’un ascétisme modéré, au delà de toute émotion violente, de tout désir, de toute volition.

F. d’Alayrac

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LA PHILOSPHIE - INTRODUCTION

LA PHILOSPHIE - INTRODUCTION

Courant de pensée plurimillénaire, précédant toutes les traditions, orientales et occidentales, le Taoïsme est toujours étonnant de modernité. Il n’est jamais sectaire. Il se veut source de Vie, de joie, de bonheur, de liberté, de salut ici et maintenant pour tous, sans exception. Il dépasse, et de loin, à mon sens, en efficacité toutes les autres techniques de recherche, de connaissance, de maîtrise et de développement de soi. Il me semble même que la plupart, même parmi les plus modernes, s’en inspirent, quoique certaines en soient de bien malheureux avatars. LeTao te king, sans cesse commenté, occupe toujours une place prépondérante dans la vie spirituelle de millions d’individus, sous toutes les latitudes. Apporter des réponses toutes faites serait contraire à son essence même. Jamais pensée ne fut moins dogmatique, plus respectueuse de la liberté de chacun.

Il a su, malgré les vicissitudes de son histoire et de celle des hommes, rester d’une étonnante modernité et demeurer parfaitement adapté à l’homo dit sapiens contemporain, tant par les principes universels et intemporels qu’il développe que par le fait qu’il est le contraire absolu d’une doctrine rigide, dogmatique et intolérante. Tout en souplesse, et en ouverture, le Taoïsme a su s’adapter à toutes les époques et à toutes les cultures. Il continue d’inspirer comme à ses premiers temps, des millions de chercheurs dans le monde, sous toutes les latitudes. A cette charnière entre deux millénaires, je reste convaincu qu’il constitue l’un des meilleurs instruments possibles de compréhension et de développement de soi, d’ouverture et d’appréhension du monde naturel et humain, de la place que chacun occupe dans l’Univers, du rôle spécifique qu’il doit y jouer, du devenir individuel de chacun et du devenir collectif de notre espèce sur cette planète. Il n’a jamais cessé d’être une source inépuisable d’inspiration pour tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté qui, dans un souci de croissance personnelle commun à tous, veulent s’affranchir des préjugés simplistes, des à priori nuisibles, se comprendre et comprendre le monde qui les entoure afin d’y vivre mieux, afin d’y mieux vivre. Il nous offre une image simple, claire, pour ne pas dire lumineuse de l’Homme et de sa destinée. Il nous le présente non pas venu au monde, y surgissant ex nihilo, mais issu de ce monde, à l’image de la Nature dont il est le parfait microcosme. Lui appartenant corps et âme, il est, comme elle, en perpétuelle expansion car constamment créateur et re créateur de lui - même, dans un mouvement perpétuel. Sans jamais porter atteinte aux convictions de chacun, ou simplement être en contradiction avec elles, sa doctrine apporte non pas des réponses toutes faites, mais toutes les questions nécessaires pour tenter de trouver une réponse personnelle à toutes ces interrogations que l’Homme lance dans la nuit vers le Cosmos depuis qu’il a pris conscience de lui - même et de cette place particulière qu’il occupe entre Ciel et Terre, du rôle qu’il y joue et qui n’appartient qu’à lui, sur la manière de mener sa Vie et sur le sens à lui donner, depuis que l’Humanité s’est ouverte à sa dimension spirituelle.

Le Taoïsme est, à mon sens, une pensée des plus simples et élevées à la fois qui ne rejette rien, qui ne condamne rien, à qui rien de ce qui est humain n’est indifférent. D’une infinie indulgence pour les égarements, les erreurs, de l’être humain, lucide, car sans illusion sur sa nature, il a en cet être humain et en ses potentialités de perfectibilité, une confiance indéfectible. Il accorde à chacun, quelques soient ses pensées, ses paroles, ses actes, sa nature, ses origines, d’infinies potentialités de développement. A ses yeux, aucun être humain ne peut être définitivement perdu, irrécupérable tout simplement parce qu’il est un être humain et que nul ne peut lui contester, lui nier, lui retirer son humanité. Pour lui tous les hommes ont la même origine, origine commune à tous les êtres vivants. Les particularités des différentes races humaines sont autant de caractéristiques dues à la variété des différents terrains auxquels il a bien fallu s’adapter. Voilà qui offre d’intéressantes perspectives de réflexion. Les anciens Sages considéraient n’avoir aucun droit, aucun avantage supplémentaires, ne ressentaient aucune espèce de supériorité, ne se considéraient jamais comme étant d’une essence particulière. Aucune différence entre eux et l’idiot du village! Un homme est un homme, quel qu’il soit. Son humanité est une valeur absolue. Leur état de Sage ne leur donnait rien de plus que le devoir de mettre, modestement, sans tambour ni trompette leur Connaissance au service des hommes et des femmes de leur temps et de leur lieu. On n’a jamais vu un Sage taoïste rechercher le pouvoir et la gloire. Ou alors, c’est qu’il n’était pas vraiment ce qu’il prétendait être.

Il est tout à la fois, et ce depuis ses origines, une philosophie que certains appellent à juste titre une métaphysique, une science de la Vie et une pratique. Les trois forment un tout indissociable dans une vision globale et unificatrice de l’Homme et de l’Univers. Science et philosophie sont les deux facettes d’une même réalité qui s’exprime concrètement dans la pratique. Et c’est bien là ce qui fait non seulement tout son intérêt, mais aussi ce qui en fait cet Art de vivre unique dans l’histoire de la pensée humaine, du moins à ma connaissance. Il nous rend intelligible les grands principes qui gouvernent l’Univers, les mécanismes qui, de toute éternité, y font apparaître et y développe le fabuleux processus vital. Il éclaire tout être humain, partie intégrante du Cosmos, sur le sens et la conduite de son existence, dans le respect des Lois naturelles pour le plus grand bien de chacun et celui de tous. Sans jamais chercher à le contraindre, il l’invite à se maintenir dans une relation au monde et à lui même dépourvue de toute agressivité, dans une totale innocuité vis à vis des êtres animés qu’il rencontre, au delà de toute compétitivité, dans une confiance absolue en la Vie. Il l’encourage à rester souple, non résistant, pour se conformer aux rythmes universels et aux modifications qu’ils impliquent, ce qui est le fondement de la Sagesse et du bonheur dans l’unité retrouvée avec le Cosmos, à la recherche de sa Source, c’est à dire de soi - même.

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LA SCIENCE

LA SCIENCE

Le Taoïsme, dans son aspect opératif, est une science. C’est la science de la Vie, de l’Univers, de l’Homme. Il observe et expérimente les grandes lois vitales de mouvement, de transformation, d’équilibre, d’échange mutuel, de non nocivité réciproque. Je développerai toutes ces notions tout au long de cette étude. Je définirai cependant ici ce qu’il faut entendre par science. Si, avec moi, vous voulez bien considérer que la science est basée sur l’observation attentive de la Nature, sur l’étude de ses principes et de ses lois, sur la vérification de ses découvertes par une expérimentation méticuleuse, alors vous conviendrez que le Taoïsme est une science, une sapience, tout à la fois science de la sagesse et sagesse de la science. Non pas une science telle que nous l’entendons classiquement en Occident, discursive, essentiellement orientée vers l’analyse des phénomènes sans jamais les inclure dans une globalité, mais une science globaliste, uniciste du vivant. Notons que la science, la technologie chinoises sont restées bien plus avancées qu’en Occident, au moins jusqu’au siècle dit “des Lumières”. Logique, rationnelle, cohérente, elle est basée sur l’observation méticuleuse de la Nature et de ses phénomènes, appuyée sur des siècles d’expérimentation. Empirique diront les rationalistes bornés, donc non fiable. A voir. En effet, à moins d’être l’un de ces scientistes obtus, sourds et aveugles, intolérants à tout ce qu’il ne sont pas capables de comprendre, on s’aperçoit que ses principes, vieux de plusieurs millénaires, sont confirmés par les équations de la science occidentale moderne, et ce régulièrement. Prenons, par exemple, la notion d’Énergie dont l’application la plus populaire est l’acupuncture dont vous avez tous entendu parler. Eh bien, elle a été considérée par les physiciens newtoniens comme superstition orientaliste. Or, la physique quantique en a démontré toute la réalité. Cela a même valu quelques prix Nobel, c’est vous dire!. Ce qui différencie cette science de la nôtre, c’est qu’elle est inséparable, comme le dos et la paume de la main, de la philosophie. Pour les Taoïstes, science et sagesse sont intrinsèquement liées. Toute distinction entre l’une et l’autre serait nulle et non à venue. Ceci est très difficile à appréhender pour un esprit occidental, habitué à fractionner le Tout en une multiplicité de choses qui semblent alors n’avoir plus aucun rapport les unes avec les autres alors que tout est lié à tout. Je ne puis, moi, cependant, m’empêcher de penser qu’il est plus que nécessaire que notre science paraît - il omnipotente, marque une pause et réfléchisse à ces concepts afin de ne pas se laisser déborder par ses vertigineux progrès qui font courir les risques les plus graves à notre espèce, à tout ce qui cohabite sur notre planète, à notre planète elle - même.

Tout au long des millénaires, depuis la plus haute Antiquité, bien avant le spéculatif Lao tseu, les alchimistes taoïstes ont recherché la Pilule d’immortalité, visant non pas celle d’une âme pour eux hypothétique, mais bien celle du corps physique. S’ils ne l’ont jamais découverte, ils ont pu cependant mettre ainsi au point des techniques de Longue vie, méthodes de santé et de longévité avant de devenir méthodes de guérison. Ainsi naquirent la médecine et la pharmacopée chinoise, mais aussi tous les arts d’alchimie interne comme le Tai chi chuan, le Qi gong et autres Tao yin fa déjà cités. C’est par l’étude attentive de la Nature et de ses phénomènes qu’ils ont pu comprendre et expliquer l’Homme, l’Univers et les lois qui les gouvernent également. De même, ils se sont obstinés à faire de leurs pratiques opératives, même si elles semblent parfois relever de la pure magie, l’imitation parfaite de ce qu’ils avaient observé dans la Nature.

Je ne puis ne pas citer ici l’’Empereur Jaune, Houang Ti (- 2699), le père de la médecine chinoise à l’époque pré - dynastique. Sous les Han, l’alchimiste Chan Tao Ling codifie la pharmacopée chinoise, axe toutes ses travaux sur la recherche de l’unité perdue entre le corps et l’esprit. Il aura bon nombre de descendants qu’il serait sans doute intéressant mais trop long ici d’étudier. Problèmes métaphysiques, développement spirituel, art de vivre sont intimement liés dans la pensée chinoise avant tout pragmatique. Le Taoïsme se préoccupe de tout cela. Sa partie pratique concerne tous les aspects de la vie quotidienne. Son but est d’atteindre la plénitude intérieure, par des méthodes simples, l’efficacité résidant avant tout dans la simplicité, en jouissant intelligemment de tout ce que peut nous offrir la Vie. En effet, tout procédant du Tao, tout donc fait nécessairement partie de la Voie. Ses applications pratiques s’articulent au sein des Huit piliers ou Pa kua qui concernent tous les aspects concrets, fonctionnels pour atteindre sinon le Tao du moins le chemin qui y mène. Le Pa kua est composé de techniques visant à améliorer la condition humaine physiquement, psycho-émotionnellement et spirituellement, les trois étant absolument inséparables, je le rappelle.

F. d’Alayrac

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27 avril 2006

Quelques titres

Le Tao Te King

Les enseignements secrets de Lao tseu Brian Walker
edts Dharma

Le corps taoïste Kristopher Schipper Edts Fayard

La quète de l'immortalité chez Li Taibao François Wang
Edts You feng

Le livre de la cour jaune classique taoïstes traduit
par Patrick Carré Edts Points sagesse

Méditation taoïste Isabelle Robinet Edts Albin Michel

L'esprit du tao Jean Grenier Edts Flammarion

Sagesse libertaire taoïste Érik Sablé Edts Dervy

Alan Watts La philosophie du tao Ets du Rocher

John Blofeld Le taoïsme vivant Edts Albin Michel

Jean Fabre B.A.B.A du Taoïsme Edts Prardès

J.C. Cooper Laphilosphie du tao Edts Dangles

Cheng Man Ch'ing Lao tseu mes mots sont faciles à
comprendre Edts le courrier du livre

Joseph Needman La scien chinoise et l'occident Edts Le
point

Isabelle Robinet Comprendre le Tao Edts Albin Michel

Tchouang tseu Oeuvre complète Edts Gallimard / UNESCO
Connaissance de l'orient.

F. d'Alayrac

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Lao tseu

LAO TSEU ou LAO ZI

Si le taoïsme est inséparable du nom de Lao-tseu, on se sait presque rien de son fondateur. Certains sinologues mettent même en doute son existence. Sa seule biographie qu'on connue, datée du 1er siècle, est fort décevante. Il est donc difficile d'évoquer son nom sans utiliser le conditionnel tant les éléments retraçant sa vie sont aussi infimes qu'allégoriques.

Mais ce qui est sûr, c'est que ce philosophe chinois nous a laissé un héritage spirituel incommensurable.

Lao-tseu aurait vécu au VIe siècle av. J.C. Archiviste-astrologue du gouvernement des Tcheou constatant le déclin de la dynastie régnante, las du désordre de l'Empire, Lao-tseu serait parti s'exiler vers l'Ouest. Mais, à la frontière, le gardien de la passe lui aurait demandé de consigner par écrit son enseignement. Lao-tseu, alors âgé de 60 ans ou 200 ans, rédigea le Tao-te-king, d'où le témoignage de ce Sage venu nous faire partager un peu de cette Force Tranquille dont il fut, sur ce plan d'existence, une manifestation incontestable. Puis il continua sa route et disparut à tout jamais.

Sseuma Ts'ien, l'historien qui rapporte cette tradition, conclut : "Personne au monde ne saurait dire si tout cela est vrai ou faux, Lao-tseu était un sage caché. "

L'histoire n'est pas donc conservé sa trace. Lao tseu le nom signifie “Vieux maître”, serait l'auteur du texte le plus traduit après la Bible : le Tao-te king, le “Livre de la voie et de la vertu”. Mais, si Lao-tseu a réellement vécu au VIe siècle, le Tao-te-king ne remonterait lui qu'au début du IIIe siècle av. J.C. Toutefois, certaines des stances rimées qui le composent sont de beaucoup antérieures et constituent justement les passages clés de toute l'œuvre, ce qui semble bien exprimer la pensée profonde du Vieux Maître.

lao_tseu

La seule façon, finalement, d’aller à la rencontre de Lao-tseu, il est se laisser imprégner par son œuvre. Et c'est en se laissant aller au gré des images et paradoxes apparents, qui nous font passer du regard simple et déconcertant du petit enfant aux profondeurs mystiques insondables, que notre esprit se met peu à peu à vibrer avec une Force qui nous dépasse et nous libère en même temps qu'elle nous appelle à devenir son canal. Tao, qu'il qualifie de “Sans Nom”, semble désigner l'Énergie des énergies, le Principe de Vie non manifesté, inactif mais tout-puissant. Il est à la fois le Vide parfait qui permet à la vie de prendre sa place et le potentiel créateur infini. Il est à la fois l'Être et le non-Être. D'où ces formulations : « Le tao est Vide… Il est inépuisable… Il est Grand… Il n'agit pas et pourtant tout se fait par lui… Il est le fond secret commun à tous les êtres ». Mais « la voie qui peut s'énoncer n'est pas la voie pour toujours. Le nom qui peut la nommer n'est pas le nom pour toujours » car, à l'image de l'univers, le tao s'accroît et nous échappe sans cesse comme pour exhorter à l'illimitation. Le te, lui, est une manifestation du tao. Il désigne tout ce qui est conforme à la Voie. Humilité, compassion, amour, sincérité, ordre, capacités… sont quelques-unes des qualités naturelles émanant du tao. Le sage œuvre donc par sa nature même puisqu'il s'est affranchi des limites émotionnelles, égotiques et mentales dans une attitude de “non-agir” qui lui a permis de libérer son Harmonie intérieure. Et comme il agit dans une spontanéité conforme au tao, il réfute l'idée d'une quelconque vertu moralisatrice laquelle ne serait alors qu'une illusion dissimulant des limites incompatibles avec l'expression véritable du Tao.

Le Tao te king est un merveilleux testament, un grand voyage au cours duquel Lao-tseu fait tomber un à un les paysages de nos illusions, de nos croyances, de nos fantasmes pour nous montrer ce que n'est pas le Tao.

Il est possible alors que notre esprit assoiffé intègre le Tao et le ressente progressivement comme un mouvement perpétuel de vie, un débordement permanent de compassion, d'amour, de joie, de don de soi absolus Il se peut que le Tao, ressenti et non pas compris intellectuellement, nous fasse revenir notre nature originelle.

Lao-tseu éveille alors le sage caché que nous sommes, celui qui « agit sans rien attendre, guide sans s'imposer » et « reçoit à la mesure de ce qu'il donne ».

Alors oublions la biographie de Lao-tseu qui deviendra le passage vers un plan plus subtil, celui que les Chinois appellent “l'Ouest”. Le “garde-frontière” se révélera comme le nom de la conscience du Sage, celle qui l'a poussé à s'élever dans un suprême élan d'Amour pour l'humanité. Et “l'exil” symbolisera l'élévation spirituelle et physique du maître parvenu à l'état d'unité parfaite. « Le ciel et la terre durent toujours. S'ils durent toujours, c'est parce qu'ils ne vivent pas pour eux-mêmes ». Il semble que Lao-tseu ne se soit incarné que pour nous...

F.d'Alayrac

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TCHOUANG TSEU ou ZHUANG ZI

TCHOUANG TSEU ou ZHUANG ZI

Maître TCHOUANG vécut entre 300 et 400 ans avant Jésus Christ. Originaire de la ville de Mong dans l'état de Song, il avait été fonctionnaire d'une manufacture de laque. Ayant méprisé toute fonction publique, il vécut dans l'obscurité qu'il avait voulue, et ne suivit que l'élan de son cœur.

Après Lao-tseu, Tchouang Tseu est devenu représentant du Taoïsme.

Il avait Zhou comme prénom. Il vivait dans le royaume de Song pendant le 4e siècle av J.-C. Depuis son enfance, il était connu par son intelligence et assiduité. Il a voyagé dans plusieurs royaumes du sud pour étudier les us et coutumes locaux. Droit et franc, il adorait la nature, mais il méprisait les hauts aristocrates de l’époque. Le roi du Chu lui avait confié le poste du haut fonctionnaire et des conditions de vie luxueuses. Mais Tchouang tseu les a refusés. Il s’est ensuite retiré du mondain en gagnant sa vie sur la vente des chaussures en pailler.

Tchouang tseu est un recueil rédigé par Tchouang lui-même et ses disciplines. « L’essai Qiwu », « Xiaoyaoyou » et « le grand maître » sont les plus importantes pièces dans ce recueil.

Ses concepts clé sont : "le Tao à l’origine de toute chose", "unité des dix mille choses", "non agir face à la nature", "errer libre de toute contrainte".

C’est une philosophie proche de celle de Lao-tseu, mais où le concept de "libre errance" fait toute la différence.

Tandis que Lao-tseu prônait pour une conduite simple en participant pleinement au monde public, Tchouang tseu n’offre aucun compromis politique. Son intégrité repose dans le refus de se laisser emprisonner dans des charges publiques qui, même flatteuse, revenaient à faire de lui "une tortue sacrée morte depuis longtemps et gardée dans une boîte de bambou" tandis que lui préférait "rester en vie et traîner sa queue dans la boue".

Il n’était pas amateur d’excès, seulement de liberté et de paix, en se moquant des jugements discriminatoires. Il n’attachait pas plus d’importance à la vie qu’à la mort, au bonheur et au malheur, il naviguait librement au fil des événements sans s’y attacher.

Il fut un iconoclaste, le plus grand que la Chine, si imbue de codes confucéens, ait pu produire. Ce n’était pas un épicurien, et aucune philosophie occidentale ne peut se comparer à la sienne, seulement s’y approcher.


F.d.Alayrac

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PENSÉE I

PENSÉE I

Je ne crois pas que l’on puisse refaire le monde. Je ne crois pas à la révolution. Elle est aussi suicidaire que tout conservatisme par définition immobiliste.

Je ne crois pas aux systèmes philosophiques, politiques et religieux. Ils ne servent que l’ambition sociale de quelques uns qui est le pire des poisons et qui ne provoque que la rivalité entre les êtres qui est le pire des maux.

Les notions de bien et de mal ne sont qu’une vaste hypocrisie. Je ne crois pas aux lois morales et sociales des hommes. Je ne les respecte que par obligation. Elles sont à géométrie variable, selon le moment et le lieu.

Je ne crois pas aux masses et à leur éducabilité. Les masses sont manipulables. Rien de plus. La croyance selon laquelle l’homme peut modifier le cours des choses a toujours conduit aux pires catastrophes.

Je crois aux lois intangibles de la Vie, naturelles, universelles, intemporelles selon lesquelles l’homme a plaisir à vivre en harmonie avec son environnement et avec ses semblables.

Je crois à l’individu et à sa perfectibilité dès lors qu’il est libre dans une société simple, paisible, égalitaire, délivrée du joug d’un état providence au service des puissants.

Et je prie le Ciel chaque jour de me préserver de tous ceux qui veulent mon bien et celui de l’humanité.

F.d'Alayrac

Posté par francoisdalayrac à 16:35 - PENSÉES TAOÏSTES D'AUJOURD'HUI - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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