14 juin 2006
LE NATUREL, SECRET DU BONHEUR
LE NATUREL, SECRET DU BONHEUR
“Ceux que le Naturel ne rebute pas, qui ne croupissent pas dans l’artifice, ceux là sont proches de la perfection.
Le Naturel participe de l’être intime, tandis que l’artifice s’accommode des choses concrètes. La vertu réside dans le naturel.”
Tchouang tseu
De tous temps se sont affrontées deux écoles. D’une part les partisans de la Nature, d’autre par les tenants des institutions politiques et de la réglementation des mœurs. Toutes les grandes civilisations ont connu ce conflit. Au XVIII° siècle par exemple les philosophes des Lumières avaient tendance à défendre la bonté humaine comme un fait naturel. Citons entre autres Rousseau ou Bernardin de Saint Pierre. A contrario, leurs successeurs ont renversé le cours des choses. Depuis la révolution française, et avec le développement d’un socialisme interventionniste dans la civilisation chrétienne, c’est le règne de la légifération. Il y a de plus en plus de lois et par conséquent de moins en moins de liberté pour l’individu qui y perd toute ses possibilités d’épanouissement. En Chine Confucianisme et Taoïsme illustrent parfaitement ce conflit entre artifice et naturel.
Définissons pour commencer la notion d’Artifice dans son acception taoïste. Vivre dans l’Artifice c’est d’abord vivre dans une existence coupée de la Nature et de ses Lois permanentes, universelles, intangibles, mais soumise aux codes moraux et sociaux d’une époque et d’un lieu particuliers. C’est sacrifier aux appétits de richesse et de puissance, se soumettre aux pouvoirs politiques, religieux, intellectuels, financiers, et accepter qu’une volonté extérieure, dieu ou maître, dirige notre existence. C’est, dirait - on aujourd’hui, penser et agir selon le politiquement correct dans la volonté vaine de vouloir transformer le monde et les hommes. C’est renoncer à l’être au profit du paraître pour ne plus être ce que l’on est réellement mais pour correspondre à l’image que la société attend de nous.
Le concept de “Naturel” lui ne doit surtout pas être compris comme un simple retour à la Nature. Ni Tchouang tseu en son temps ni les Maîtres taoïstes modernes ne prônent le retour à l’âge de pierre! Les seconds utilisent sans nul doute un ordinateur et sont connectés à l’internet. Comme tout le monde ils s’éclairent à l’électricité et se déplacent en voiture voire en avion. De toutes façons, il serait absurde de vouloir revenir à une Nature dont nous faisons intrinsèquement partie et que nous n’avons donc pas quittée. Ce retour ne doit pas non plus être pris dans l’acception d’un naturalisme quelconque sous entendant un culte rendu à la Nature. Il n’y a jamais aucune coloration de religiosité dans le Taoïsme je le rappelle. La religion taoïste n’est qu’un avatar de la philosophie.
Mais que signifie donc revenir au Naturel? C’est d’abord et avant tout un cheminement personnel pour retrouver notre véritable nature. Ce cheminement ne concerne que nous, en dehors de toute velléité de transformation de l’humanité.
Revenir au Naturel c’est d’abord et avant tout appliquer les six principes de base du Taoïsme.
Le Non savoir :
C’est à dire le contraire de la science discursive, source d’impuissance et d’obscurcissement de la Conscience parce que limitée et imparfaite. Le Non savoir, contraire de l’ignorance, c’est la Connaissance véritable parce qu’acquise par l’expérience concrète, intime, imprimée jusque et y compris dans la plus profonde de nos cellules.
Le Non désir :
C’est à dire l’ascèse qu’il ne faut pas prendre dans le sens judéo - chrétien de mortification, ce serait antinomique à toute conception taoïste. L’ascèse, étymologiquement exercice, c’est une discipline mesurée des organes et des sens par la pratique rationnelle d’une hygiène de Vie physique et mentale.
La Non résistance :
Appelons la souplesse psycho - spirituelle, adaptabilité aux circonstances, acceptation à la Vie telle qu’elle se présente. Liée au Non désir, c’est la force véritable de celui qui plie toujours mais ne rompt jamais, auquel rien ne peut finalement résister et qui résiste à tout. La Non résistance, c’est l’antithèse de la force brutale et aveugle du vulgaire.
Le Non agir :
Il ne peut être atteint que par le Non savoir, le Non désir, la Non résistance. Non agir n’est pas ne rien faire. C’est progressivement diminuer, jusqu'à leur complète disparition, ses ambitions, ses désirs, son ego. C’est ne jamais rien faire qui aille dans le sens inverse du Mouvement naturel de la Vie. C’est faire, sans rechercher de justification, de reconnaissance, de gratification. C’est agir comme un être ordinaire en se maintenant dans un état de calme parfait, au delà de toute émotion, dans le juste milieu, parfaitement centré sur soi.
Le Non dire :
C’est une autre forme du Non agir qui passe par la parole. Le Taoïsme estime que l’on parle toujours trop et que très souvent les mots pour expliquer, convaincre, convertir sont vains.
Le Non paraître :
C’est à dire ne jamais chercher à briller, à étaler son intelligence, sa culture, son savoir, son degré d’élévation personnelle. Le Taoïsme nous recommande de passer inaperçu, de nous fondre dans la foule sans jamais y être perturbé par les Passions, au delà de tout souci de possession.
C’est prendre conscience que :
"La Nature n'est pas un décor, un agrément, mais la part vitale de notre propre esprit. Elle nous initie à la loi de la Vie et au mystère de la beauté, tout en incarnant ce que notre esprit porte en lui de secret et de nostalgique."
François Tchang
F. Tchang résume avec sa plume inimitable la nécessité absolue de tendre et de parvenir à vivre en parfaite osmose avec les êtres vivants, leur environnement qui est aussi le nôtre et les processus qui les animent. Il a compris au plus profond de sa conscience qu’il ne fait qu’un avec son milieu et tous les phénomènes qui s’y déroulent.
Notre civilisation, notre science occidentale ont divisé, trié, classé, séparé les éléments les uns des autres instaurant ainsi dans notre esprit une dualité contre nature. La Nature doit être domptée, civilisée car, perçue comme l’ennemi, elle nous effraie. Le religieux, en plus, y a introduit le diable. On distingue ainsi et très artificiellement le bien et la mal. Le mal contre lequel il faut lutter de toutes nos forces, ce qui ne conduit qu’à le renforcer et nous conduit à une impasse.
La Nature, la Vie, cela revient au même, on ne peut pas considérer l’une comme différente de l’autre. Elles sont unes et indivisibles. Tel est l’ordre naturel des choses. Tel est le Naturel. Le Naturel, c’est l’Unité. Et quand nous avons dépassé toute toute dualité nous vivons dans l’harmonie du double mouvement du Yin et du Yang, le mouvement fondamental de la Vie / Nature. Alors tout redevient beau, bon et juste, au delà de toute conception sociale de beauté, de bonté et de justice.
Là est le Naturel, là est le secret du bonheur. A disparu alors toute velléité de maîtrise, de pouvoir, de domination, sans chercher à modifier le cours naturel des choses. Il suffit de vire la Vie telle qu’elle se présente, en acceptant de bonne grâce ce qu’elle nous apporte et sans rechercher plus que ce qu’elle nous offre.
Nous n’avons peur de la Vie / Nature sauvage, vierge, originelle. spontanéité, libre, sans volonté mais éminemment créatrice. Nous ne désirons rien de plus que ce que nous trouvons sans le chercher. Nous laissons simplement aller à n’être que ce que nous sommes, des hommes éléments de la Nature, et rien qu’éléments indissociables de la Nature. Ni plus, ni moins. Angoisse, anxiété, peur de la mort? Effacées, puisque nous vivons simplement dans le Mouvement vital, puisque nous sommes le Mouvement vital. Sans plus.
Tel est l’idéal de Vie taoïste. Et c’est l’état normal de toute individu qui devrait aussi être celui de toue l’humanité. Et c’est simple. Il suffit de regarder un coucher de soleil et de sentir comment nous sommes en lui et il est en nous. Nous nous appréhendons intuitivement alors comme un élément du paysage, non pas perdu dans un Grand Tout mais partie intrinsèque de ce Grand Tout, abandonnés à force extraordinaire qui l’anime et qui est Lui. mais cette expérience peut être vécue même un jour de pluie que nous trouvons à priori triste. mais ce n’est là une déformation de notre intellect séparateur. La pluie est nécessaire. S’il y a bonheur du soleil, il y a joie de la pluie, et inversement. Nous reparlerons de l’alternance de choses.
Alors,
“Qu’est qu’on attend pour être heureux,
Qu’est ce qu’on attend pour faire la fête?”
Puisque c’est notre état naturel. La planète ne doit être qu’une immense fête.
F.d’Alayrac
LA VIE EST UNE FÊTE
LA VIE EST UNE FÊTE
La Vie est une fête perpétuelle, universelle. Mais personne ne le sait. Alors tout le monde pleure, tout le monde est malheureux. Allez comprendre!
Vous allez dire que je suis fou. Non seulement je ne le nie pas, mais je le revendique. Passer pour un fou dans un asile d’aliénés est rassurant. Car le monde est un vaste asile d’aliénés. Mais que voulez - vous j’ai fait le choix d’être heureux, envers et contre tout, quoiqu’il puisse arriver.
Certes, comme tout le monde, j’ai eu et j’ai encore mon lot de problèmes. Et alors? Dois - je pour autant courir me pendre, ce qui serait un moindre mal, ou pire pleurer sur mon sort et ma frapper la tête sur les murs? Oui, vaudrait mieux encore me pendre. En effet, pleurer sur mon sort va rendre tous ceux qui m’aiment un peu très tristes et réjouir tous ceux qui me détestent. Je n’ai nulle envie de faire du chagrin à ceux qui m’aiment. C’est inutile. Et je n’ai aucun désir de faire plaisir à des gens qui ne me supportent qu’à grand peine. Ce n’est pas que je veuille les priver de cette joie, non, mais je n’en vois vraiment pas l’intérèt. Alors je m’empresse de rire de tout ce qui peut arriver. Pour pas avoir à en pleurer, même de ce qui m’arriver d’agréable. Car quand on a pris l’habitude de pleurer de tout, on perd le savoir rire. Et ne croyez pas que c’est une décision, une volonté de ma part. Cette conception des choses s’est imposée à moi après une longue liste de malheurs. J’avais trop pleuré. Cela suffisait! j’en avais assez de souffrir. Trop de malheur se transforme en bonheur. Mais c’est trop de bonheur se transforme invariablement en malheur. Alors?
Alors voilà. Rien n’est malheur, rien n’est bonheur, tout est bon à vivre.
Ai - je une raison de me lamenter? Je regarde une aile de papillon, une fleur à peine éclose, un rat dans l’égout, un coucher de soleil sur la mer Égée, un chien galeux, le sein de la femme que j’aime, un ventre malade qui renferme tout de même un gros sac d’excréments, et je sens, je ressens au plus profond de ma conscience que tout cela c’est la grande et invincible Force de la Vie au travail. Et je sais, intuitivement, que cette fleur, ce sein, ce rat, ce coucher de soleil et j’en passe, ne sont pas différents de moi. Il sont moi comme je suis eux. Tous composés des mêmes éléments, animés de la même énergie, tous embarqués dans cette fabuleuse aventure qu’est la Vie.
Non, je ne crois pas au hasard. Ce qui survient, ce qui existe dans mon paysage ou ailleurs, ne peut que survenir, ne peut qu’exister. Doit - on s’en réjouir, doit - on en pleurer? Quel intérêt pour l’un ou pour l’autre. Cela est et je n’ai aucun pouvoir pour en changer la nature et le cours. Alors je regarde.
Et depuis que j’observe les choses, les êtres et les phénomènes, il m’est évident que la Vie coule comme elle doit couler et que rien ne nous y oblige à la misère. Les sentiments ne sont qu’invention humaine. La Nature n’a pas de sentiment. Elle ne fait pas de sentiment. Elle n’aime ni ne déteste personne et laisse vivre chacun sans intervenir. J’essaie de l’imiter.
Est - ce à dire que je suis d’une froideur totale, d’une inaffectivité absolue? Non bien sûr. Je ne puis rester de marbre devant la souffrance, l’affliction, le désespoir, ... Tout être vivant à droit à ma compassion. Mais pourquoi devrais - je faire de sa douleur ma douleur? Qu’est - ce c’est que cette idée de souffrance rédemptrice, cette obligation de pleurer avec autrui? Pourquoi devrais - je moi aussi participer au sado - masochisme universel? Mais je m’y refuse absolument! Quitte à passer pour un fou, un égoïste, un anarchiste ou pire encore, un poète. Cela m’est complètement indifférent.
Je regarde. Tout à la fois spectateur et acteur totalement engagé. Embarqué sur un bateau que l’on nomme le vaste univers et dont, je le sais bien, je ne tiens pas le gouvernail. C’est le calme plat? Tant mieux! Un bel alizé pousse ma voile? Tant mieux! Je traverse un coup de tabac? Tant mieux. Rien ne dure jamais.
Je me regarde. Je suis heureux? Tant mieux! Je suis malheureux? Tant mieux! De toutes façons la Vie est belle. Et rien n’est permanent.
Alors, oui, la Vie est une fête, dans l’aile de papillon, dans le vol de l’oiseau, dans le chat qui ronronne, dans l’orgasme de la femme avec qui je fais l’amour. Le malheur n’existe que parce que l’être humain l’a inventé, dans son avidité de richesse, de puissance, de pouvoir, de possessivité. Maintenant il en a besoin pour se sentir vivre. Dans la joie, il se sent mort.
L’animal, la plante ne cherche rien d’autre qu’à manger, se reposer, se reproduire selon les règles de son espèce. Et il est satisfait ainsi. Il ne demande rien d’autre. Et il frétille de la queue dès qu’il se réveille.
Pourquoi ne sommes - nous pas des chiens, nous aussi?
F.d'Alayrac
