Actualités Tao

Notre époque sous le regard d'une philosophie plurimillénaire qui conserve toute sa modernité.

13 avril 2006

INTRODUCTION

couverture


INTRODUCTION AU TAOÏSME

“La Voie leur donne la Vie, la Vertu élève, la matière donne une forme, l’environnement les conduit à la maturité”.

Le Taoïsme, est l’une des plus anciennes pensées de l’Humanité. Il développe une vision logique, globale, cohérente, uniciste et évolutive du Cosmos, du vivant, de l’Homme. C’est en fait un système philosophique, scientifique et religieux qui s’est développé à partir du VI° siècle avant notre ère en Chine. Il constitue un syncrétisme complexe de toutes les écoles de pensée qui l’y ont précédé. Il y apparaît en même temps que le Confucianisme. Mais alors que celui est une philosophie de la masse qui prêche la soumission aux rites sociaux et aux autorités constituées, le Taoïsme n’a pour seul souci que l’individu et sa libération dans sa soumission volontaire, consciente, aux Lois libératrices de la Nature. Originellement, ce n’est pas une religion, mais bel et bien une métaphysique qui se rattache à l’antique et universelle Tradition primordiale, fond commun de toute l’Humanité. Sa naissance se perd dans la nuit des temps, au cours de l’Âge d’or, théorie primitiviste qui veut qu’en ces temps anciens, toutes les créatures vivaient en parfaite harmonie entre elles, avec la Nature, avec le Tao.


Très tôt, en Chine, à l’époque dite mythique de l’Age d’or, apparaissent plusieurs écoles de pensées qui dont toutes fondées sur la notion de Tao. LaoTseu les a synthétisées dans le Tao te king, le Livre de la Voie et de la Vertu, sous la dynastie des Tcheou orientaux ( - 740 / 475). Cependant, le terme de Taoïsme n’apparut que bien plus tard, sous la dynastie des Han (206 / 220 après J. C.). La biographie de Lao Tseu mêle tellement la réalité au mythologique qu’il est difficile de séparer le réel du merveilleux et que certains contestent voire récusent toute réalité historique au personnage. Il semble pourtant bien que les textes attestent sa présence comme fonctionnaire royal. Quoiqu’il en soit, il est considéré comme le Père fondateur du Taoïsme et le Taoïsme comme le courant de pensée chinois le plus ancien, précédant, dans le temps et de loin, le Confucianisme et le Bouddhisme.

Il est classique de présenter le Taoïsme en le divisant en trois branches :

magique et religieux,
métaphysique et philosophique,
opératif ou yoguique.

Dans les faits, c’est là une division des plus arbitraires. Ces trois aspects du Taoïsme ont tous le même texte fondateur, le Tao te king. Ils s’entremêlent, s’influencent mutuellement. Le Taoïsme est un et indivisible. Je ne présenterai pas ici la forme religieuse et magique mais et l’aspect philosophique et opératif, j’en développerai ma conception personnelle, conception qui éclaire ma démarche personnelle. A ceux qui hurleraient à l’hérésie, je leur répondrai que les Taoïstes eux - mêmes riraient bien de leur anathème, négation du principe suprême du Taoïsme qui veut que tout appartienne au Tao mais que nul n’en a le monopole. J’avoue volontiers que, tout en le respectant profondément, le Taoïsme magico - religieux n’a pour moi qu’une importance secondaire. Pour moi, c’est à la fois une philosophie, une science, une pratique. Philosophie et science sont les deux facettes d’une unique réalité qui s’exprime et se réalise dans et par la pratique.

François d'Alayrac

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CONCEPTS DE BASE

CONCEPTS

LE TAO

“Le Tao est la loi unique”

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Définir le Tao est hors de portée du langage humain. Il est, par définition, indéfinissable, indescriptible. On ne peut pas l’approcher par le raisonnement intellectuel. Il échappe à toute tentative de conceptualisation. Considérons le toutefois comme le Un originel et indivisible, le Principe suprême, l’unique Réalité absolue, immuable et éternelle. Il est la Cause première, l’Origine non manifestée de tout ce qui est manifesté. C’est l’immobile moteur de tous les mouvements de transformation qui animent la Création. C’est lui le grand Organisateur, la Loi supérieure de la Manifestation qui en émane et qu’il transcende. Source inépuisable de la Vie qu’il impulse et dirige, il est décrit comme la Mère génitrice et nourricière des Dix mille formes de Vie. Il est tout à la fois le Guide sur La Voie, la Voie de la Vertu, la Vertu et la Voie. Il ne peut toutefois être considéré comme un démiurge créateur, omnipotent et omniscient. Si divinité il y a, et il ne se pose pas la question, elle ne peut qu’en procéder.

LA VIE / L’HOMME

Forme de Vie la plus évoluée, absolument parfaite, l’Homme, au delà de tout anthropocentrisme paranoïaque, est placé au centre de l’Univers, au sommet de la Création, articulation entre les forces terrestres et les puissances célestes qui le forment et qui le nourrissent. Il est ainsi profondément impliqué dans l’équilibre du Cosmos dont il fait partie intégrante, soumis à toutes ses influences. Le Taoïsme lui montre comment y maintenir sa position dans l’harmonie et prendre soin de l’Essence de sa Vie en vivant non pas selon la Nature, mais la Nature.

Toute Vie humaine émane du Tao et toute Vie humaine doit retourner au Tao. Sans se poser les grandes questions d’une quelconque immortalité post - mortem, il explique les grands principes de la Vie à cet être humain vivant au sein du cadre Espace / temps, l’éclaire sur la conduite de sa Vie dans l’ici et maintenant. Il lui recommande de se maintenir dans une attitude de non agir, de vacuité, totalement abandonné aux forces supérieures, souple, non résistant au mouvement des forces vitales, dans une absence absolue d’agressivité, dans une totale innocuité vis à vis des êtres vivants qu’il rencontre, s’adaptant automatiquement aux modifications du monde réglées par le Mouvement cyclique primordial. Il l’encourage à se conformer à ce rythme universel, ce qui est le fondement de la Sagesse et du bonheur dans l’unité retrouvée avec le Cosmos, à la recherche de sa Source. C’est là son destin, ce que les Taoïstes appellent le Voyage de retour, de retour à son origine. Pour accéder au Tao, il nous faut suivre les Six voies qui sont autant de principes de Vie.

LES SIX PRINCIPES

Le Non savoir :
C’est à dire le contraire de la science discursive, source d’impuissance et d’obscurcissement de la Conscience parce que limitée et imparfaite. Le Non savoir, contraire de l’ignorance, c’est la Connaissance véritable parce qu’acquise par l’expérience concrète, intime, imprimée jusque et y compris dans la plus profonde de nos cellules.

Le Non désir :
C’est à dire l’ascèse qu’il ne faut pas prendre dans le sens judéo - chrétien de mortification, ce serait antinomique à toute conception daoïste. L’ascèse, étymologiquement exercice, c’est une discipline mesurée des organes et des sens par la pratique rationnelle d’une hygiène de Vie physique et mentale.

La Non résistance :
Appelons la souplesse psycho - spirituelle, adaptabilité aux circonstances, acceptation à la Vie telle qu’elle se présente. Liée au Non désir, c’est la force véritable de celui qui plie toujours mais ne rompt jamais, auquel rien ne peut finalement résister et qui résiste à tout. La Non résistance, c’est l’antithèse de la force brutale et aveugle du vulgaire.

Le Non agir :
Il ne peut être atteint que par le Non savoir, le Non désir, la Non résistance. Non agir n’est pas ne rien faire. C’est progressivement diminuer, jusqu'à leur complète disparition, ses ambitions, ses désirs, son ego. C’est ne jamais rien faire qui aille dans le sens inverse du Mouvement naturel de la Vie. C’est faire, sans rechercher de justification, de reconnaissance, de gratification. C’est agir comme un être ordinaire en se maintenant dans un état de calme parfait, au delà de toute émotion, dans le juste milieu, parfaitement centré sur soi.

Le Non dire :
C’est une autre forme du Non agir qui passe par la parole. Le Daoïsme estime que l’on parle toujours trop et que très souvent les mots pour expliquer, convaincre, convertir sont vains.

Le Non paraître :
C’est à dire ne jamais chercher à briller, à étaler son intelligence, sa culture, son savoir, son degré d’élévation personnelle. Le Daoïsme nous recommande de passer inaperçu, de nous fondre dans la foule sans jamais y être perturbé par les Passions, au delà de tout souci de possession.

Celui qui s’efforce de réaliser les Six voies peut atteindre la Vertu. Il s’éloigne de la vertu sociale, compromis de préjugés, d’à priori, de jugements de valeur. Le Taoïsme se place au delà de toute perspective morale, contrairement au Confucianisme auquel il est souvent opposé. La morale confucéenne, comme toute morale collective, s’est ritualisée à l’excès au fil du temps. Elle impose aux masses un ensemble de codes, de lois, variables selon le lieu, l’époque et les intérêts des puissants. Le Daoïste renonce à tous les codes de morale, par dont il ne se sent jamais séparé, parce qu’il ignore tout de ce qui pourrait provoquer un conflit avec le monde extérieur.

LA VERTU

La Vertu, c’est un Art de vivre au delà de toute notion de bien et de mal et dans la seule préoccupation de ne jamais nuire ni à soi, ni à autrui. Celui qui atteint la Vertu ne se soumet qu’aux Lois universelles, seules légitimes, qu’il découvre et applique au fur et à mesure de son évolution. C’est au cours de ce cheminement qu’il les intègre à sa propre Réalité par l’expérience concrète qu’il en fait. Il dépasse toutes les valeurs sociales néfastes, source de conflits, de séparation, d’isolement. Il vit, non pas dans la Vertu, mais la Vertu Il n’est pas vertueux, il est la Vertu. Cet état d’être, naturel le libère de toutes les contingences. C’est avant tout le mode de Vie déterminé comme ne devant jamais nuire de celui qui, sur tous les plans reste sans effort toujours en accord avec lui - même, bannit l’adverbe trop, ne connaît pas l’excès et choisit la modération en tout, garde toujours et en tous lieux le juste milieu. La Vertu c’est vivre et parallèlement laisser vivre tout ce qui n’est pas Moi, en toute liberté, sans arrière pensée, tout ce qui se distingue de Moi. C’est aborder l’autre sans agressivité, sans idée de possessivité, sans désir de manipulation et de pouvoir sur cet Autre si différent et pourtant si semblable. C’est comprendre que tout ce qui n’est pas Moi, c’est tout de même Moi.

Qui vit la Vertu vit la Nature, car seule la Nature est vertueuse parce qu’elle seule procède du Tao. La seule loi est celle du Tao. Et la Vertu, c’est le Tao. On ne peut consentir à la vivre que lorsque nous l’avons intégrée à notre propre Réalité. Aussi celui qui ne s’éloigne jamais des chemins trop balisés de la vertu sociale ne trouvera jamais la Vertu, c’est à dire la Voie. Qui vit la Vertu vit les lois de la Nature, laissant en lui et autour de lui se déployer le flot ininterrompu de la Vie qui s’écoule du Tao. Seule la Nature est Vertu parce que seules ses lois sont permanentes, universelles, intemporelles transcendantes, libératrices.

"Celui qui parle au nom de la Vertu ne la possède certainement pas." Lao tseu

Francois d'Alayrac

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LE PA KUA

LE PA KUA


Le pilier de la philosophie nous révèle la logique de notre destin, fondé sur les lois universelles, cachées mais sans cesse manifestées et fiables.

Le pilier de la revitalisation est un ensemble d’exercices internes qui dirigent notre pouvoir naturel de guérison. Il comporte trois catégories d’exercices, postures, méditations, respirations qui permettent de régler, d’équilibrer et d’élever l’Énergie vitale.

Le pilier de l’alimentation enseigne l’équilibre entre les aliments yin et les aliments yang et leur utilisation dans un but thérapeutique, préventif et curatif. En Occident, nous parlerions d’équilibre acido-basique.

Le pilier des aliments oubliés, aliments délaissés pour leur odeur, leur saveur, mais au pouvoir thérapeutique puissant. Ils sont la base de la très riche pharmacopée chinoise.

Le pilier de la guérison est l’art de guérir les autres. C’est la doctrine médicale chinoise que nous étudierons plus longuement après.

Le pilier de la sagesse sexuelle nous enseigne à faire de l’énergie sexuelle une force de transformation. Il nous enseigne à jouir du plaisir sexuel non seulement sans nous dévitaliser mais en augmentant notre capital énergétique. Le Taoïsme est la première philosophie à s’intéresser à l’énergie sexuelle sans jamais y jeter un anathème, bien au contraire. Le Sexe faisant partie de la Vie, il fait donc partie de la Voie et doit être vécu dans une parfaite maîtrise de ses instincts.

Le pilier de la maîtrise parfaite nous fournit tous les instruments pour mieux nous connaître et connaître les autres, développer notre adaptabilité à l’environnement et devenir maîtres de soi, de notre destinée. On y trouve la morphologie, l’analyse des empreintes digitales, la numérologie, l’astrologie, etc...

Le pilier du succès dévoile tous les mécanismes qui régissent la Vie et les puissances qui la façonnent et nous apprend à les utiliser.

Le Pa-kua recouvre donc tous les aspects de notre existence quotidienne. C’est un véritable mode d’emploi de la Vie, mais souple, adaptable, individualisable, jamais dogmatique. Si nous observons ses prescriptions, nous suivons la Voie et tous nos besoins fondamentaux sont comblés afin que nous puissions réaliser notre potentiel d’être humain en transmutant notre négativité et l’aspect dégénératif du temps. Se conformer au Pa-kua, c’est suivre le Tao en partant de notre matérialité, événement, phénomène, objet impermanent, pour rejoindre notre réalité permanente et intangible au sein du Tao. Le Taoïsme, comme d’autres philosophies, n’a d’autre objectif que de libérer l’individu de tout ce qui l’enchaîne et inhibe en lui le Mouvement vital nécessairement évolutif afin que, vivant en conformité avec la Loi naturelle, dominant les événements par la souplesse, la non résistance, devenant son propre maître, dans le calme et la sérénité, conscient de la relativité des choses, il puisse s’adapter en souplesse à n’importe quelle circonstance. Ce qui en fait une école de connaissance de soi et de développement personnel, c’est son pragmatisme et son universalité, son intemporalité. Il ne néglige aucun aspect de la Vie. Tout appartient à la Voie, tout, même la chose la plus anodine, concourt à la recherche et à la réalisation de sa vérité, particule individuelle de la Vérité. Il se situe au delà des idéologies, des croyances et des dogmes. Malgré des concepts souvent difficiles à saisir, la mise en œuvre du Pa-kua est simple, pragmatique, efficace. Vivre selon l’équilibre du Pa-kua, c’est vivre selon la Voie, selon des règles de Sagesse simples, concrètes, accessibles à tous et efficaces. Réaliser le Pa-kua, c’est réaliser la Voie, le Tao. Le but de toute existence humaine, de toute l’Humanité, c’est de retourner au Tao. La quête du Tao est une quête active, concrète, basée sur les techniques d’alchimie interne du Taoïsme. Elle nécessite une purification du mental, la mise en ordre des organes, des sens et des passions. Elle ne peut se dérouler que dans le quiétisme d’un ascétisme modéré, au delà de toute émotion violente, de tout désir, de toute volition.

F. d’Alayrac

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LA PHILOSPHIE - INTRODUCTION

LA PHILOSPHIE - INTRODUCTION

Courant de pensée plurimillénaire, précédant toutes les traditions, orientales et occidentales, le Taoïsme est toujours étonnant de modernité. Il n’est jamais sectaire. Il se veut source de Vie, de joie, de bonheur, de liberté, de salut ici et maintenant pour tous, sans exception. Il dépasse, et de loin, à mon sens, en efficacité toutes les autres techniques de recherche, de connaissance, de maîtrise et de développement de soi. Il me semble même que la plupart, même parmi les plus modernes, s’en inspirent, quoique certaines en soient de bien malheureux avatars. LeTao te king, sans cesse commenté, occupe toujours une place prépondérante dans la vie spirituelle de millions d’individus, sous toutes les latitudes. Apporter des réponses toutes faites serait contraire à son essence même. Jamais pensée ne fut moins dogmatique, plus respectueuse de la liberté de chacun.

Il a su, malgré les vicissitudes de son histoire et de celle des hommes, rester d’une étonnante modernité et demeurer parfaitement adapté à l’homo dit sapiens contemporain, tant par les principes universels et intemporels qu’il développe que par le fait qu’il est le contraire absolu d’une doctrine rigide, dogmatique et intolérante. Tout en souplesse, et en ouverture, le Taoïsme a su s’adapter à toutes les époques et à toutes les cultures. Il continue d’inspirer comme à ses premiers temps, des millions de chercheurs dans le monde, sous toutes les latitudes. A cette charnière entre deux millénaires, je reste convaincu qu’il constitue l’un des meilleurs instruments possibles de compréhension et de développement de soi, d’ouverture et d’appréhension du monde naturel et humain, de la place que chacun occupe dans l’Univers, du rôle spécifique qu’il doit y jouer, du devenir individuel de chacun et du devenir collectif de notre espèce sur cette planète. Il n’a jamais cessé d’être une source inépuisable d’inspiration pour tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté qui, dans un souci de croissance personnelle commun à tous, veulent s’affranchir des préjugés simplistes, des à priori nuisibles, se comprendre et comprendre le monde qui les entoure afin d’y vivre mieux, afin d’y mieux vivre. Il nous offre une image simple, claire, pour ne pas dire lumineuse de l’Homme et de sa destinée. Il nous le présente non pas venu au monde, y surgissant ex nihilo, mais issu de ce monde, à l’image de la Nature dont il est le parfait microcosme. Lui appartenant corps et âme, il est, comme elle, en perpétuelle expansion car constamment créateur et re créateur de lui - même, dans un mouvement perpétuel. Sans jamais porter atteinte aux convictions de chacun, ou simplement être en contradiction avec elles, sa doctrine apporte non pas des réponses toutes faites, mais toutes les questions nécessaires pour tenter de trouver une réponse personnelle à toutes ces interrogations que l’Homme lance dans la nuit vers le Cosmos depuis qu’il a pris conscience de lui - même et de cette place particulière qu’il occupe entre Ciel et Terre, du rôle qu’il y joue et qui n’appartient qu’à lui, sur la manière de mener sa Vie et sur le sens à lui donner, depuis que l’Humanité s’est ouverte à sa dimension spirituelle.

Le Taoïsme est, à mon sens, une pensée des plus simples et élevées à la fois qui ne rejette rien, qui ne condamne rien, à qui rien de ce qui est humain n’est indifférent. D’une infinie indulgence pour les égarements, les erreurs, de l’être humain, lucide, car sans illusion sur sa nature, il a en cet être humain et en ses potentialités de perfectibilité, une confiance indéfectible. Il accorde à chacun, quelques soient ses pensées, ses paroles, ses actes, sa nature, ses origines, d’infinies potentialités de développement. A ses yeux, aucun être humain ne peut être définitivement perdu, irrécupérable tout simplement parce qu’il est un être humain et que nul ne peut lui contester, lui nier, lui retirer son humanité. Pour lui tous les hommes ont la même origine, origine commune à tous les êtres vivants. Les particularités des différentes races humaines sont autant de caractéristiques dues à la variété des différents terrains auxquels il a bien fallu s’adapter. Voilà qui offre d’intéressantes perspectives de réflexion. Les anciens Sages considéraient n’avoir aucun droit, aucun avantage supplémentaires, ne ressentaient aucune espèce de supériorité, ne se considéraient jamais comme étant d’une essence particulière. Aucune différence entre eux et l’idiot du village! Un homme est un homme, quel qu’il soit. Son humanité est une valeur absolue. Leur état de Sage ne leur donnait rien de plus que le devoir de mettre, modestement, sans tambour ni trompette leur Connaissance au service des hommes et des femmes de leur temps et de leur lieu. On n’a jamais vu un Sage taoïste rechercher le pouvoir et la gloire. Ou alors, c’est qu’il n’était pas vraiment ce qu’il prétendait être.

Il est tout à la fois, et ce depuis ses origines, une philosophie que certains appellent à juste titre une métaphysique, une science de la Vie et une pratique. Les trois forment un tout indissociable dans une vision globale et unificatrice de l’Homme et de l’Univers. Science et philosophie sont les deux facettes d’une même réalité qui s’exprime concrètement dans la pratique. Et c’est bien là ce qui fait non seulement tout son intérêt, mais aussi ce qui en fait cet Art de vivre unique dans l’histoire de la pensée humaine, du moins à ma connaissance. Il nous rend intelligible les grands principes qui gouvernent l’Univers, les mécanismes qui, de toute éternité, y font apparaître et y développe le fabuleux processus vital. Il éclaire tout être humain, partie intégrante du Cosmos, sur le sens et la conduite de son existence, dans le respect des Lois naturelles pour le plus grand bien de chacun et celui de tous. Sans jamais chercher à le contraindre, il l’invite à se maintenir dans une relation au monde et à lui même dépourvue de toute agressivité, dans une totale innocuité vis à vis des êtres animés qu’il rencontre, au delà de toute compétitivité, dans une confiance absolue en la Vie. Il l’encourage à rester souple, non résistant, pour se conformer aux rythmes universels et aux modifications qu’ils impliquent, ce qui est le fondement de la Sagesse et du bonheur dans l’unité retrouvée avec le Cosmos, à la recherche de sa Source, c’est à dire de soi - même.

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LA SCIENCE

LA SCIENCE

Le Taoïsme, dans son aspect opératif, est une science. C’est la science de la Vie, de l’Univers, de l’Homme. Il observe et expérimente les grandes lois vitales de mouvement, de transformation, d’équilibre, d’échange mutuel, de non nocivité réciproque. Je développerai toutes ces notions tout au long de cette étude. Je définirai cependant ici ce qu’il faut entendre par science. Si, avec moi, vous voulez bien considérer que la science est basée sur l’observation attentive de la Nature, sur l’étude de ses principes et de ses lois, sur la vérification de ses découvertes par une expérimentation méticuleuse, alors vous conviendrez que le Taoïsme est une science, une sapience, tout à la fois science de la sagesse et sagesse de la science. Non pas une science telle que nous l’entendons classiquement en Occident, discursive, essentiellement orientée vers l’analyse des phénomènes sans jamais les inclure dans une globalité, mais une science globaliste, uniciste du vivant. Notons que la science, la technologie chinoises sont restées bien plus avancées qu’en Occident, au moins jusqu’au siècle dit “des Lumières”. Logique, rationnelle, cohérente, elle est basée sur l’observation méticuleuse de la Nature et de ses phénomènes, appuyée sur des siècles d’expérimentation. Empirique diront les rationalistes bornés, donc non fiable. A voir. En effet, à moins d’être l’un de ces scientistes obtus, sourds et aveugles, intolérants à tout ce qu’il ne sont pas capables de comprendre, on s’aperçoit que ses principes, vieux de plusieurs millénaires, sont confirmés par les équations de la science occidentale moderne, et ce régulièrement. Prenons, par exemple, la notion d’Énergie dont l’application la plus populaire est l’acupuncture dont vous avez tous entendu parler. Eh bien, elle a été considérée par les physiciens newtoniens comme superstition orientaliste. Or, la physique quantique en a démontré toute la réalité. Cela a même valu quelques prix Nobel, c’est vous dire!. Ce qui différencie cette science de la nôtre, c’est qu’elle est inséparable, comme le dos et la paume de la main, de la philosophie. Pour les Taoïstes, science et sagesse sont intrinsèquement liées. Toute distinction entre l’une et l’autre serait nulle et non à venue. Ceci est très difficile à appréhender pour un esprit occidental, habitué à fractionner le Tout en une multiplicité de choses qui semblent alors n’avoir plus aucun rapport les unes avec les autres alors que tout est lié à tout. Je ne puis, moi, cependant, m’empêcher de penser qu’il est plus que nécessaire que notre science paraît - il omnipotente, marque une pause et réfléchisse à ces concepts afin de ne pas se laisser déborder par ses vertigineux progrès qui font courir les risques les plus graves à notre espèce, à tout ce qui cohabite sur notre planète, à notre planète elle - même.

Tout au long des millénaires, depuis la plus haute Antiquité, bien avant le spéculatif Lao tseu, les alchimistes taoïstes ont recherché la Pilule d’immortalité, visant non pas celle d’une âme pour eux hypothétique, mais bien celle du corps physique. S’ils ne l’ont jamais découverte, ils ont pu cependant mettre ainsi au point des techniques de Longue vie, méthodes de santé et de longévité avant de devenir méthodes de guérison. Ainsi naquirent la médecine et la pharmacopée chinoise, mais aussi tous les arts d’alchimie interne comme le Tai chi chuan, le Qi gong et autres Tao yin fa déjà cités. C’est par l’étude attentive de la Nature et de ses phénomènes qu’ils ont pu comprendre et expliquer l’Homme, l’Univers et les lois qui les gouvernent également. De même, ils se sont obstinés à faire de leurs pratiques opératives, même si elles semblent parfois relever de la pure magie, l’imitation parfaite de ce qu’ils avaient observé dans la Nature.

Je ne puis ne pas citer ici l’’Empereur Jaune, Houang Ti (- 2699), le père de la médecine chinoise à l’époque pré - dynastique. Sous les Han, l’alchimiste Chan Tao Ling codifie la pharmacopée chinoise, axe toutes ses travaux sur la recherche de l’unité perdue entre le corps et l’esprit. Il aura bon nombre de descendants qu’il serait sans doute intéressant mais trop long ici d’étudier. Problèmes métaphysiques, développement spirituel, art de vivre sont intimement liés dans la pensée chinoise avant tout pragmatique. Le Taoïsme se préoccupe de tout cela. Sa partie pratique concerne tous les aspects de la vie quotidienne. Son but est d’atteindre la plénitude intérieure, par des méthodes simples, l’efficacité résidant avant tout dans la simplicité, en jouissant intelligemment de tout ce que peut nous offrir la Vie. En effet, tout procédant du Tao, tout donc fait nécessairement partie de la Voie. Ses applications pratiques s’articulent au sein des Huit piliers ou Pa kua qui concernent tous les aspects concrets, fonctionnels pour atteindre sinon le Tao du moins le chemin qui y mène. Le Pa kua est composé de techniques visant à améliorer la condition humaine physiquement, psycho-émotionnellement et spirituellement, les trois étant absolument inséparables, je le rappelle.

F. d’Alayrac

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